Dakar, 29 nov. 2025 (VIBRACTU) – Au Sénégal, deux détenus gravement malades retiennent présentement l’attention nationale. Leur état rappelle une vérité dérangeante : la maladie ne s’arrête pas à la porte des prisons. Mais derrière ces cas visibles, il existe une réalité beaucoup plus silencieuse.
D’autres détenus, anonymes et oubliés, tombent eux aussi malades dans l’indifférence générale. Ils souffrent dans des cellules étroites, parfois sans soins adaptés, comme si la société avait renoncé à leur tendre la main.
Pourtant, les solutions existent depuis longtemps. Le contrôle judiciaire, le bracelet électronique ou encore la liberté provisoire pour raisons de santé sont inscrits dans la loi. Ils ont été pensés, votés et rendus applicables pour éviter précisément les drames que l’on observe aujourd’hui.
Ces mécanismes permettent de continuer le suivi judiciaire, tout en permettant au malade d’être soigné correctement.
Pourquoi, alors, restent-ils si peu utilisés ? Pourquoi des détenus dans un état critique demeurent-ils enfermés ou bloqués au pavillon spécial, parfois pendant des semaines, des mois, sans perspective d’amélioration ?
La réponse tient à un mot simple, mais souvent absent : l’humanisme.
Et ailleurs, cet humanisme n’est pas un slogan, il se traduit par des lois qui fonctionnent.
En France, la « suspension de peine pour raisons médicales » permet de libérer un détenu lorsque son état de santé est incompatible avec la détention.
Au Royaume-Uni, l’« early compassionate release » (libération anticipée pour raisons humanitaires) évite que des personnes en phase terminale ne meurent seules dans leur cellule.
Aux États-Unis, le « medical parole » (libération conditionnelle médicale) et le « compassionate release » (libération pour motifs humanitaires) sont utilisés pour les prisonniers incapables de se soigner eux-mêmes.
Même dans certains pays d’Amérique latine, malgré la surpopulation carcérale, des alternatives humanitaires existent depuis longtemps.
L’objectif n’est pas d’effacer des crimes ni de protéger des coupables. Il est de soigner d’abord et de juger ensuite.
Car être détenu ne signifie pas perdre sa dignité. Une prison ne doit jamais devenir un lieu où la maladie avance plus vite que la justice.
Libérer provisoirement un détenu gravement malade n’interrompt pas une procédure. Cela n’efface pas les faits. Cela protège simplement la vie.
Derrière les deux cas médiatisés chez nous, une foule invisible attend qu’on se rappelle de son existence. Les oubliés, les fragiles, les malades.
Si le Sénégal veut avancer, il devra appliquer ses propres lois, et choisir enfin l’humanisme, non pas pour quelques cas sous les projecteurs, mais pour tous ceux qui souffrent loin des regards.
Le Sénégal n’a pas besoin de nouvelles lois.
Il a besoin de courage, de mesure, d’humanisme.
Il est temps de cesser de confondre détention préventive et condamnation.
Il est temps de comprendre que protéger une vie ne freine jamais la justice.
Il est temps de rappeler que, derrière les barreaux, il n’y a pas seulement des détenus ; il y a des êtres humains.


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