Dakar, 17 janvier 2026 (VIBRACTU) – Mercredi dernier, face à l’Égypte, Sadio Mané a rappelé une vérité que certains préféraient oublier. Dans un match fermé, âpre, presque figé, il a surgi au moment juste. Une accélération, un appel, une frappe. Le seul but de la rencontre. Le but de la qualification. Le Sénégal en finale. Et Sadio Mané, homme du match, encore.
Pourtant, quelques semaines auparavant, une partie de l’opinion l’avait déjà enterré. Trop âgé, moins tranchant, fin de cycle. Des jugements rapides, souvent dictés par l’émotion, parfois par l’agenda. Comme si l’expérience était devenue un fardeau, comme si le temps annulait la compétence.
Ce réflexe est profondément ancré. Au Sénégal, on enterre vite les meilleurs. Souvent, ceux qui s’y emploient se réfèrent à l’âge, prétexte commode pour masquer d’autres intentions. D’autres fois, ils souhaitent simplement voir émerger des profils plus faibles, plus malléables, plus proches de leurs intérêts. Il arrive aussi que l’on cherche à écarter ceux qui ne pensent pas comme nous, ceux qui gardent une liberté de ton et d’action. Alors on discrédite, on marginalise, on tente d’effacer.
Ce mécanisme dépasse largement le football. Dans les entreprises, des cadres expérimentés sont mis à l’écart sans bilan sérieux. Dans l’administration et les agences, des compétences avérées sont reléguées, non pas pour manque de résultats, mais parce qu’elles dérangent. On préfère parfois l’incompétence rassurante à la compétence exigeante.
Mais ceux qui s’agitent pour enterrer les meilleurs oublient une chose essentielle : on n’arrête jamais la mer avec ses bras. Jamais. La valeur réelle finit toujours par refaire surface. Le talent trouve toujours son chemin. L’expérience s’impose tôt ou tard.
Sadio Mané, à 33 ans, reste décisif, influent, indispensable. Il qualifie son pays pour une troisième finale sur les quatre dernières CAN et vise un deuxième titre continental avant de tirer sa révérence. Sa trajectoire rappelle une évidence simple : on ne juge pas un homme à l’idée que l’on se fait de lui, mais à ce qu’il continue de produire.
Il est temps de changer de paradigme. De juger sur les faits, les résultats, l’expertise et l’expérience. De mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut.
Mercredi, Sadio Mané n’a pas seulement qualifié le Sénégal pour une finale. Il a posé un miroir devant notre société. Et la question reste entière : sommes-nous prêts à arrêter d’enterrer nos meilleurs talents encore vivants ?


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