Suisse, 11 juillet 2026 (VIBRACTU) – À Genève, lors du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), Oumar Diène Sakho, Président du Collège de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) du Sénégal, a pris part jeudi dernier à un panel consacré aux cadres favorables au leadership politique dans le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC).
Il y a répondu à la question centrale posée aux panélistes : comment les cadres réglementaires doivent-ils évoluer face à l’essor rapide de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies ?
Selon lui, ces innovations – intelligence artificielle, réseaux de nouvelle génération comme la 5G, Internet des objets, infrastructures de données – représentent une grande opportunité pour les pays africains. Elles peuvent favoriser la croissance économique, améliorer les services et renforcer l’inclusion numérique. Mais elles comportent aussi un risque important : celui d’aggraver les inégalités existantes.
« Nos opérateurs et nos Etats supportent les coûts, d’autres en récoltent les revenus », a-t-il résumé.
Il explique que les infrastructures (réseaux, fibre, centres de données, énergie) sont mises en place localement, souvent avec des investissements importants des opérateurs nationaux. Pourtant, une part croissante de la richesse générée grâce à ces infrastructures profite à une poignée de grandes plateformes numériques mondiales, domiciliées dans des pays développés et dont la contribution fiscale, quand elle existe, ne reflète pas la valeur qu’elles captent localement.
Oumar Diène Sakho souligne que ce déséquilibre est aggravé par les nouvelles technologies. L’intelligence artificielle, par exemple, repose sur les données, la connectivité et la puissance de calcul, et concentre la valeur entre les mains de quelques acteurs déjà dominants. Les données produites localement sont souvent stockées et exploitées à l’étranger. De même, certaines constellations satellitaires étrangères peuvent fournir des services directement aux populations, sans passer par les opérateurs nationaux qui, eux, investissent dans le réseau, emploient localement et respectent les obligations réglementaires.
Face à cette situation, il estime que les règles actuelles ne sont plus adaptées. Les cadres réglementaires ont été conçus pour un monde avec des acteurs identifiés et des frontières claires. Aujourd’hui, le numérique dépasse largement ces limites.
Pour répondre à ces défis, il propose une évolution autour de trois axes principaux :
Premier axe : la souveraineté des données et des infrastructures
Le Sénégal souhaite mieux contrôler les données produites sur son territoire. Cela passe par le développement de centres de données locaux et d’un cloud souverain, dans le cadre du New Deal Technologique. L’objectif est de passer d’une simple protection des données à une véritable gouvernance, avec des règles claires sur leur stockage, leur transfert et leur utilisation.
Deuxième axe : un partage plus équitable de la valeur
Les grandes plateformes numériques utilisent les réseaux locaux mais contribuent peu à leur financement. Le régulateur sénégalais appelle à mettre en place des mécanismes pour assurer une contribution juste de ces acteurs, ainsi qu’une fiscalité numérique mieux coordonnée entre les pays. Il insiste aussi sur la nécessité que tous les fournisseurs de services, terrestres comme satellitaires, respectent les mêmes règles.
Troisième axe : la dimension transfrontalière de la régulation
Aucun pays ne peut, seul, réguler efficacement une plateforme mondiale, une constellation satellitaire ou un modèle d’intelligence artificielle entraîné sur plusieurs continents. Oumar Diène Sakho plaide pour une coopération renforcée entre régulateurs – partage d’informations, positions communes, capacité collective de négociation – afin de rééquilibrer la contribution des grands acteurs mondiaux et d’assurer un partage plus juste de la valeur.
Il soutient à ce titre le modèle de « régulation de cinquième génération » promu par l’Union internationale des télécommunications (UIT), fondé sur une approche collaborative, plus ouverte et coordonnée entre pays – non pas un cadre unique imposé d’en haut, mais une convergence de principes partagés.
En conclusion, il a rappelé que les nouvelles technologies creusent une fracture entre ceux qui financent les infrastructures et ceux qui en tirent profit. Pour lui, face à cette fracture, la réponse ne peut plus être purement nationale – surtout pour les pays en développement – elle doit être collective.
Par cette intervention, le Sénégal affirme sa volonté de défendre une économie numérique plus juste, où la valeur créée profite réellement aux territoires qui la produisent.


Pas de commentaire