(Histoire) – Bataille de Guilé 1886 : Moussé Boury Déguène Dieng, mourir debout plutôt que fuir

Views
IMG 20260711 WA0000

Dakar, 11 juillet 2026 (VIBRACTU) – La bataille de Guilé, survenue le 6 juin 1886, opposa les troupes du Cayor dirigées par le Damel Samba Laobé Fall aux forces du Djolof conduites par le Bourba Alboury Ndiaye. Mais au-delà de cet affrontement, ce fut une guerre fratricide, nourrie de rivalités internes et d’influences extérieures, notamment celles de l’administration coloniale française.
Des fils d’un même peuple se retrouvèrent face à face, dans une tragédie où l’honneur, la loyauté et les ambitions se mêlèrent dangereusement.

Dans cette tourmente se distingue une figure d’exception : Moussé Boury Déguène Dieng. Lieutenant du Damel du Cayor et ami d’enfance, il combattait aux côtés de Samba Laobé Fall. Pourtant, il avait tenté d’empêcher cette guerre qu’il jugeait injustifiée et vouée à l’échec. Mais lorsque le destin s’imposa, il choisit de rester fidèle, préférant le sacrifice à la honte.

Sur le revers d’un plateau, Moussé Boury Déguène Dieng descendit de cheval et observa, avec lucidité, la dispersion de l’armée cayorienne. Le sort semblait déjà scellé.

C’est alors qu’un cavalier monté sur un cheval blanc s’avança lentement. Précédé de son griot chantant à pleine voix la gloire des Dieng, toute l’armée du Djolof reconnut le prince.
Avant de s’élancer, il avait prévenu le Damel du Cayor en des termes prophétiques : « Regarde-moi pour la dernière fois… je ne serai pas de ceux qui fuient. »
Puis, seul, il engagea son ultime combat.

Sous un feu nourri de mousqueterie, Moussé Boury Déguène Dieng avança sans trembler. Les balles pleuvaient, mais il restait droit, porté par l’honneur. Son griot tomba à quelques pas devant lui. Lui poursuivit sa marche jusqu’au cœur des rangs ennemis.

Ce n’est qu’au milieu des Djolof-Djolof, le corps criblé de blessures, qu’il s’effondra enfin. Son cheval Yaram, brûlé par la poudre, agonisait à ses côtés.
Sa chute marqua un tournant. À la vue de leur héros mortellement atteint, les troupes cayoriennes, déjà en difficulté, accentuèrent leur retraite.

Mais au-delà de la défaite militaire, c’est une victoire morale qui s’imposait : celle d’un homme resté fidèle à ses valeurs jusqu’au bout. Moussé Boury Déguène Dieng incarne la loyauté, le courage lucide et la dignité dans l’adversité.

Ces valeurs, qu’incarnait également Moussé Boury Déguène Dieng, se perpétuent aujourd’hui à travers ses petits-fils et arrière-petits-fils, héritiers d’un legs d’honneur et de bravoure.

Guilé ne fut pas seulement une bataille : ce fut une leçon d’histoire et de conscience. Et au cœur de cette tragédie demeure un nom, gravé à jamais dans la mémoire collective : Moussé Boury Déguène Dieng.

(Référence : Amadou Duguay Clédor, « La bataille de Guilé », p. 52)

Hadji Boubacar Kambel Dieng,
Petit-fils de Moussé Boury Déguène Dieng

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *