(LA CHRONIQUE DE BKD) – Assemblée nationale : quand le débat vole trop bas (Par Boubacar Kambel Dieng)

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Dakar, 8 sept. 2026 (VIBRACTU) – J’ai honte. Oui, je le dis sans détour : j’ai honte.

J’ai suivi les débats à l’Assemblée nationale ce mardi lors de la Déclaration de Politique Générale (DPG) du Premier ministre Al Aminou Lô avec cette attention que l’on doit à une institution aussi importante. Mais, au fil des interventions, une autre émotion a pris le dessus : la douleur. Des pincements au cœur. Et cette question lancinante : est-ce vraiment cela, notre Assemblée nationale ?

Je m’attendais à des arguments. À des démonstrations. À des contradictions, certes, mais nourries par l’intelligence, la raison et la hauteur de vue. Je m’attendais à voir des députés défendre des convictions, déconstruire celles de « l’adversaire de jour », proposer des alternatives et parler au nom de millions de Sénégalais.

Au lieu de cela, trop souvent, des invectives, des provocations, de l’incorrection, de l’indiscipline et des échanges de bas étage.

Le débat politique peut être rude. Il peut être passionné. Il peut même être brutal dans les mots. Mais il ne doit jamais devenir un concours de gros mots ou une bataille de personnes. L’Assemblée nationale n’est ni un ring, ni une foire d’empoigne, encore moins un caniveau.

Ce qui m’inquiète davantage, c’est l’absence apparente de construction dans certains échanges. Où sont les chiffres ? Où sont les arguments ? Où sont les propositions ? Où est le raisonnement logique ? Où est cette capacité à dire : « Je ne suis pas d’accord avec vous, mais voici pourquoi » ?

Une majorité parlementaire ne devrait pas être une simple addition de voix. Elle doit être une force de proposition, de contrôle, de législation et de responsabilité. Si elle se contente de suivre, d’applaudir ou de répondre aux provocations, alors elle passe à côté de sa mission.

Et l’opposition, elle aussi, a un devoir : combattre, oui ; dénoncer, oui ; contrôler, oui. Mais avec des arguments, avec de la hauteur, avec respect pour l’institution.

Car derrière ces joutes, il y a le Sénégal. Il y a le citoyen qui regarde. Le jeune sans emploi. La mère qui peine à remplir son panier. L’entrepreneur qui attend un paiement. Le malade qui cherche des soins. Le fonctionnaire qui espère de meilleures conditions de travail.

Ces Sénégalais n’attendent pas de leurs députés des spectacles de querelles. Ils attendent du travail.

Notre Assemblée nationale mérite mieux. Le Sénégal mérite mieux.

Je ne demande pas des députés sans désaccords. Je demande des députés capables de se battre avec des idées plutôt qu’avec des insultes, avec des arguments plutôt qu’avec des invectives, avec l’intelligence plutôt qu’avec la colère.

Parce qu’une démocratie ne grandit pas lorsque ses représentants crient plus fort.

Elle grandit lorsqu’ils pensent plus haut.

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