Dakar, 10 sept. 2026 (VIBRACTU) – Il y a des nouvelles qui font mal. Et puis il y a celles qui font honte. La décision de délocaliser au Mozambique le match Sénégal-Mozambique, prévu le 25 septembre prochain pour le compte de la première journée des éliminatoires de la CAN 2027, appartient malheureusement à cette deuxième catégorie.
Le football sénégalais est aujourd’hui au 5ème sous-sol. Et il faut avoir le courage de le dire.
Le plus terrible dans cette affaire, ce n’est même pas seulement la délocalisation. C’est le symbole qu’elle renvoie au monde du football africain : le Sénégal, champion d’Afrique en 2022 et en 2025 sur le terrain, finaliste de la CAN 2019, régulièrement présent et performant en Coupe du monde, n’est pas capable de recevoir une rencontre officielle de son équipe nationale A sur son propre territoire.
Et pourquoi ? Parce que le Stade Abdoulaye Wade de Diamniadio n’est pas disponible. Il doit accueillir la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Et parce que le Stade Léopold Sédar Senghor de Dakar, lui, n’est tout simplement pas dans un état permettant d’accueillir, selon la Fédération, une rencontre internationale de cette envergure.
Voilà le Sénégal du football aujourd’hui : deux stades majeurs, deux problèmes, et au bout du compte, un match des Lions qui prend l’avion pour Maputo.
Au Mozambique !
Il faut mesurer la portée de cette situation. Comment avons-nous pu en arriver là ? Comment un pays qui a organisé une CAN en 1992, construit le Stade Abdoulaye Wade, accueilli des compétitions internationales et produit une équipe nationale qui s’est installée parmi les meilleures d’Afrique peut-il se retrouver dans l’incapacité de recevoir un simple match éliminatoire à domicile ?
Ce n’est pas une petite anomalie administrative. C’est un échec. Un énorme échec.
Et il faut surtout arrêter de chercher des explications périphériques. La Fédération sénégalaise de football a finalement publié son communiqué hier 9 septembre dans la soirée. Mais le plus troublant est que la Fédération mozambicaine avait communiqué la nouvelle avant que les fédéraux sénégalais ne prennent officiellement la parole.
Il aura donc fallu que l’information vienne de Maputo pour que Dakar assume enfin. Quelle image !
Nous sommes devenus spectateurs de nos propres décisions.
Et cette affaire arrive au mauvais moment. Elle vient s’ajouter à une longue série de dossiers qui donnent l’impression d’un football sénégalais en perte de maîtrise.
Le contrat du nouveau sélectionneur, Patrick Vieira, continue de susciter des interrogations et des tâtonnements. Une situation difficilement compréhensible lorsqu’on parle de l’équipe nationale A du Sénégal, vitrine sportive du pays.
Et puis il y a les dossiers qui encombrent les institutions du football sénégalais, jusqu’au Tribunal arbitral du sport. Il y a le contentieux lié aux incidents de la finale de la dernière CAN au Maroc, avec ses conséquences sur le titre du Sénégal, aujourd’hui contesté dans les procédures en cours. Il y a également le dossier de l’élection à la Fédération sénégalaise de football, avec le recours de Mady Touré. Il y a les interrogations sur la gestion financière. Il y a les critiques et les questions autour de la gestion de la dernière Coupe du monde.
Dossier sur dossier. Polémique sur polémique. Interrogation sur interrogation.
Et pendant ce temps, le terrain, lui aussi, commence à envoyer ses propres signaux.
Je le dis avec gravité : Abdoulaye Fall, président de la Fédération sénégalaise de football, et son équipe doivent prendre leurs responsabilités.
C’est à eux que revient aujourd’hui la responsabilité politique et administrative de la gouvernance du football sénégalais. Ils ne peuvent pas simplement constater les difficultés. Ils doivent les expliquer, les assumer et surtout proposer des solutions.
Parce qu’une Fédération ne sert pas uniquement à organiser des élections, nommer des entraîneurs ou gérer les compétitions. Une Fédération doit anticiper. Elle doit planifier. Elle doit protéger l’image du football national. Elle doit veiller à ce que l’équipe nationale puisse jouer chez elle. Elle doit travailler avec l’État sur la disponibilité et la maintenance des infrastructures.
Et surtout, elle doit éviter que le Sénégal donne au continent l’image d’un pays qui construit beaucoup, mais qui peine à entretenir et à rendre opérationnelles ses infrastructures sportives.
Nous avons remporté la CAN à deux reprises. Nous avons été finalistes de la CAN. Nous avons atteint les quarts et huitièmes de finale d’une Coupe du monde. Nous avons aujourd’hui une génération de joueurs respectée à travers le monde.
Mais nous ne sommes pas capables de leur offrir un stade pour recevoir le Mozambique.
C’est cela qui fait mal. C’est cela qui est honteux.
Et c’est précisément pour cela qu’il faut tirer toutes les conséquences de cette situation. Pas demain. Maintenant.
Le football sénégalais ne peut pas continuer sa descente aux enfers pendant que tout le monde regarde ailleurs.
Il faut un diagnostic sans complaisance. Il faut de la rigueur. Il faut de la transparence. Il faut de la responsabilité. Et surtout, il faut remettre le football sénégalais au niveau de ses ambitions.
Parce que le Sénégal mérite mieux qu’un football au 5ème sous-sol.
Et ses Lions méritent surtout de pouvoir rugir chez eux.
BKD…


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