(Contribution) – Farba NGOM : Et si cela arrivait, personne ne pourra dire « nous ne savions pas »(Par Adama Kane – Rd-Toll)

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La situation de Farba Ngom doit désormais dépasser les frontières nationales. Ce qui se joue autour de sa détention va bien au-delà d’une simple procédure politico-judiciaire : il s’agit d’une mise en danger délibérée de la vie d’autrui et d’une violation flagrante des standards internationaux auxquels le Sénégal a solennellement souscrit. Aujourd’hui, tout laisse penser que ces engagements sont en train d’être piétinés, dans un silence assourdissant d’organisations de la société civile pourtant censées alerter face à de telles dérives attentatoires à la dignité humaine.

Sur ordonnance du président du collège des juges d’instruction du pool financier, la défense de Farba Ngom a officiellement versé au dossier trois expertises médicales réalisées par des médecins assermentés. Toutes concluent à un état de santé grave, vulnérable et incompatible avec le milieu carcéral. Selon ces rapports, une mort subite pourrait survenir à tout moment si rien n’est fait. Pourtant, l’État persiste à le maintenir en détention, comme si la préservation de la vie d’un détenu était devenue un détail secondaire dans la mécanique judiciaire.

Lorsqu’un détenu est déclaré médicalement vulnérable, l’État n’a plus le droit d’hésiter : il a le devoir de protéger, de soigner, de réévaluer, d’adapter. Pas celui de s’abriter derrière une rigidité bureaucratique qui confine à l’inhumanité. Ignorer des expertises médicales, c’est accepter sciemment le risque de voir un homme s’effondrer en prison. Et si cela arrivait, personne ne pourra dire : « Nous ne savions pas ». Parce que tout le monde sait ou, à défaut, tout le monde a été alerté.

Il ne s’agit pas de défendre un camp politique. Il s’agit de défendre un principe universel : la vie d’un détenu n’appartient pas aux institutions, elle leur est confiée. Et lorsqu’un État échoue à garantir cette vie, c’est la crédibilité même de son système judiciaire qui vacille. Maintenir en détention un homme réputé médicalement fragile, c’est transformer la justice en une machine froide et insensible, punitive au-delà du droit. C’est accepter que la sanction dépasse la loi pour devenir un risque mortel. C’est exactement ce que redoutent aujourd’hui ceux qui observent, sidérés, cette obstination à ignorer les alertes médicales.

Un État fort ne se mesure pas à sa capacité à enfermer, mais à sa capacité à protéger, même ceux qu’il juge. Tant que cette évidence ne sera pas restaurée, la détention de Farba Ngom demeurera un symbole de violation grave des droits humains. L’attitude actuelle des autorités s’apparente à une négligence institutionnelle aux conséquences potentiellement irréversibles.

Les conventions internationales ratifiées par le Sénégal, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, sont pourtant claires : un détenu doit être protégé, soigné, et ne peut être maintenu dans des conditions compromettant sa santé ou son intégrité physique. Ignorer ces alertes revient à placer l’État dans une position intenable au regard de ces standards. C’est exposer le pays à des accusations de détention arbitraire, dangereuse, voire inhumaine. C’est fragiliser la crédibilité du Sénégal en matière de droits humains.

La communauté internationale, les ONG, les rapporteurs spéciaux de l’ONU réagissent régulièrement lorsque la vie d’un détenu est mise en péril. Or, ce dossier réunit tous les éléments susceptibles d’attirer leur attention : alertes médicales répétées, risque sanitaire grave, absence d’aménagement ou de suspension, perception d’une obstination dépourvue d’humanité. Dans n’importe quel État respectant ses engagements internationaux, de telles expertises mèneraient sans délai à une réévaluation urgente, d’autant que des alternatives existent : bracelet électronique, contrôle judiciaire, assignation à résidence…

Pourquoi alors jouer avec le feu ?

Continuer dans cette voie, c’est courir le risque d’un drame annoncé ; un drame que personne ne pourra qualifier d’imprévisible. Et s’il survenait, il placerait le Sénégal dans une situation diplomatique, morale et juridique extrêmement lourde. La communauté internationale n’oublie jamais lorsqu’un État a été prévenu, averti, alerté… et qu’il a choisi de ne rien faire.

Il est temps que les autorités reviennent à une position conforme aux obligations internationales du pays. Il est temps que la vie humaine redevienne une priorité. Et il est temps que la justice cesse d’être perçue comme un instrument de rigidité administrative pour redevenir ce qu’elle doit être : une garantie de respect, de dignité et d’humanité.

Libérez Farba !

Adama KANE
Administrateur scolaire
adamakane2850@gmail.com

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