(Chronique) – Ce Sénégal-là dont nous rêvons : au-delà du trophée, l’unité nationale retrouvée (Par Boubacar Kambel DIENG)

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(VIBRACTU) – Nous sommes ce mardi 20 janvier 2026. Quarante-huit heures seulement après le sacre des Lions au Maroc et cette deuxième étoile désormais cousue sur le cœur du Sénégal. Et aujourd’hui, quelque chose d’exceptionnel est en train de se produire. Quelque chose de rare. De précieux. D’essentiel.

Aujourd’hui, le Sénégal vit à l’unisson.

En voyant le chef de parti politique d’opposition, Thierno Bocoum, publier sa carte d’invitation pour la cérémonie au Palais à laquelle il prend part, je ressens une fierté simple, sincère, presque enfantine. Fierté d’être Sénégalais. Sans calcul. Sans arrière-pensée. Juste fier.

En apercevant Amadou Bâ, ancien Premier ministre et leader du parti Nouvelle Responsabilité, sur le plateau de la télévision nationale RTS, la même émotion me traverse. Encore fier d’être Sénégalais. Parce qu’en cet instant précis, les postures s’effacent. Ce qui compte, ce ne sont ni les camps ni les carrières. Ce qui compte, c’est le Sénégal.

Sur ce même plateau, toujours au Palais de la République, la députée Anta Babacar Ngom parle avec le cœur. Elle dit sa joie de voir le pays ainsi uni, dans la liesse et la fraternité. Elle insiste, presque émue : cela faisait longtemps, très longtemps, qu’elle n’avait pas vu un tel spectacle d’unité nationale.

Auparavant, sur l’autoroute Dakar–Diamniadio, voie de gauche, des jeunes venus de Dakar et de la banlieue courent ensemble. Ils vont à la rencontre des Lions pour la parade populaire annoncée à partir de la Patte d’Oie. Là, sous nos yeux, la fierté devient collective. Visible. Vivante.

Aujourd’hui, impossible de distinguer qui est mouride, tidiane, layenne, niassène, khadre ou chrétien. Impossible de deviner les autres confessions. Impossible surtout d’en avoir envie. Le Sénégal est un. Indivisible.

Aujourd’hui, on ne voit pas non plus les étiquettes politiques. Pas de PS. Pas de PDS. Pas d’AFP. Pas de PASTEF. Pas de Benno. Pas d’APR. Rien de tout cela. Le pays met la politique entre parenthèses. On ne parle que de football, de victoire, de Lions, de drapeau, de joie partagée.

Chapeau au président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Son idée est simple et géniale : associer tous les compartiments du pays à la fête. Toutes les obédiences politiques. Toute la société civile. Et toutes ces figures qui font battre le cœur du Sénégal. Le monde de la culture est là : Youssou Ndour, Baba Mall, Coumba Gawlo, entre autres. Des stars, oui, mais surtout des Sénégalais parmi les Sénégalais. Un pays rassemblé, sans exclusive.

Et puis, ce moment qui donne des frissons.

Idrissa Gana Gueye, capitaine de la finale, prend le micro. Il est debout sur le bus transportant les Lions, entouré de ses coéquipiers. Devant le Palais de la République, il lance le chant. Et des milliers, peut-être des dizaines de milliers de voix répondent. À cet instant précis, qu’on soit sur place ou devant le petit écran, on ne peut pas rester indifférent. Les frissons sont là. L’émotion est totale. C’est fort. C’est beau. C’est magnifique.

À ce moment-là, le Sénégal chante d’une seule voix.

Aujourd’hui, ce qui importe, c’est cela. Le drapeau national. Les couleurs nationales. Ce que nous avons de plus précieux. La patrie. La nation.

C’est exactement de ce Sénégal-là dont nous avons besoin.

Nous avons besoin d’arrêter de nous crêper les chignons. D’arrêter de nous regarder en chiens de faïence. D’arrêter d’étiqueter les Sénégalais, de les classer, de les soupçonner. Un tel est de tel bord, un tel n’est pas des nôtres. Comme si la nation était devenue un club privé.

Nous avons besoin de laisser respirer ce pays.

Cette victoire des Lions doit nous servir de leçon. Pas seulement pour le trophée. Pas seulement pour l’étoile. Mais pour la manière. Pour l’élan. Pour cette unité spontanée. Cette communion sans mots d’ordre, sans consignes, sans exclusions.

Je félicite les Lions du Sénégal. Vraiment. Parce qu’au-delà du football, ils sont en train d’offrir au pays, aujourd’hui même, un moment d’unité nationale rare et sincère.

Et je le dis clairement, sans détour : c’est de ce Sénégal-là dont je rêve. Un Sénégal joyeux. Un Sénégal souriant. Un Sénégal où les Sénégalais s’aiment. Et j’espère, profondément, que ce jour-ci sera un déclic.

Que chacun reviendra à de meilleurs sentiments. Et que ce Sénégal-là ne sera pas une parenthèse, mais notre avenir commun.

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