Le sport est devenu le nouveau terrain d’affrontement pacifique et régulé des États. C’est la façon la plus visible de montrer le drapeau, d’exister aux yeux des autres et d’être présent sur la carte du monde. Alors que la globalisation vient effacer les identités nationales, le sport devient le moyen le plus sûr de ressouder la nation autour d’un projet identifiable, dans l’espérance d’une victoire ou d’un exploit, d’ampleur variable selon les statuts, les expériences historiques et les attentes relatives.
Dans un monde où le concept de puissance régit encore les relations internationales, mais qui a vu cette définition très largement modifiée par rapport au siècle précédent, le sport est devenu un élément essentiel du rayonnement d’un État et plus largement de tous les acteurs qui se bousculent sur la scène internationale.
Le « soft power », la puissance douce occupe désormais un espace de plus en plus large, où l’image, la popularité deviennent des facteurs plus certains et plus pérennes de suprématie que la force brute et imposée.
De tous les sport, le football est celui qui attire le plus grand nombre de téléspectateurs et emplit les stades les plus gigantesques des foules passionnées. Exutoire des tensions sociales, nationales voire internationales comme cette finale de Coupe d’Afriques des Nations entre le Sénégal et le Maroc, il peut aussi être le théâtre des pires violences, violences tolérées, expression d’une révolte dévoyée qui conforte, plutôt qu’elle ne menace, les pouvoirs établis.
En Afrique, football et politique sont fortement liés parce que chaque rencontre de compétition internationale est un affrontement qui prend des apparencesd’une guerre ritualisée, le football favorise toutes les projections imaginaires et les fanatiques patriotiques.
L’instrumentalisation du sport pour des intérêts étatiques ou communautaires ne fait pas de doutes. Elle a pour objectifs principaux la défense d’un modèle politique ou de société, la reconnaissance internationale ou encore la volonté d’étendre son influence.
Le sport, sous l’effet de la mondialisation, est devenu le nouveau terrain d’affrontement relatif entre les États. Élément d’expression du pouvoir dès l’Antiquité, le sport se positionne comme élément diplomatique à part entière, depuis plusieurs décennies. Un souhait que le baron Pierre de Coubertin appelait de ses vœux dès 1892.
Les propos tenus de part et d’autre lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations(CAN) du 18 janvier 2026 à Rabat entre le Sénégal et le Maroc ont suscité des réactions vives et des inquiétudes légitimes. Il est temps de prendre du recul et de faire preuve de calme et de responsabilité.
Au-delà de la déception et de la frustration, il est essentiel de reconnaître que le sport doit rester un facteur d’unité et de paix. Les autorités sénégalaises ont un rôle crucial à jouer dans ce sens, en adoptant une approche diplomatique et souterraine pour résoudre les tensions.
Il est impératif d’envoyer des émissaires responsables et bien introduits dans le milieu sportif pour rencontrer les plus hauts responsables du football mondial, notamment le président de la FIFA, Gianni Infantino et celui de la CAF, le Dr Patrice Motsepe. Le Sénégal doit agir sur le terrain de la diplomatie pour éviter des sanctions qui pourraient avoir des conséquences graves pour le football sénégalais.
Il est important de rappeler que l’Algérie a été lourdement sanctionnée pour des incidents, et que le fils de Zinedine Zidane, Lucas Zidane portier de la sélection algérienne, a également été sanctionné. Il est donc crucial de prendre des mesures pour éviter que le Sénégal ne subisse le même sort.
Le Président de la FIFA, à l’image d’unchef de l’État, est une personnalité puissante, et il est connu pour ses relations étroites avec des dirigeants mondiaux, notamment le président américain Donald Trump. Il est donc essentiel de prendre en compte ces réalités géopolitiques et de jouer la carte de la diplomatie pour protéger les intérêts du Sénégal.
Pour cela, les plus hautes autorités du pays doivent mettre en place un comité chargé de rencontrer les hauts responsables du football mondial, il pourrait même être dirigé par le chef de la diplomatie sénégalaise, Cheikh Niang, un diplomate chevronné, et pourrait également compter sur des sommitéssénégalaises très bien introduite auprès des hauts responsables du football mondial pour défendre les intérêts du Sénégal.
Il est également important de ne pas fragiliser les relations séculaires entre le Sénégal et le Maroc, qui dépassent le cadre sportif. Les liens entre les deux pays sont forts, notamment en raison de la confrérie Tidiania.
Cependant, il faut rappeler que la diplomatie sportive est le meilleur moyen de pacification, comme l’a montré l’épisode de la « diplomatie du ping-pong » entre les États-Unis et la Chine en 1971 où dans ce rapprochement il faut Henry Kissinger, alors conseiller de la sécurité nationale des Etats-Unis et futur secrétaire d’État avait joué un très grand rôle, car c’est lui qui avait opéré les premiers contacts et prôné l’apaisement des relations entre les deux pays.
Donc, il est temps de faire preuve de calme, de responsabilité, de sérénité et de vigilance pour protéger les intérêts du football sénégalais et maintenir les relations avec le Maroc.
Le sport doit être considéré comme un succédané aux guerres, car il permet de canaliser les énergies, les émotions de mesurer la puissance et la supériorité sans recourir à la violence.
Mbaye Jacques DIOP, Journaliste sportif
Enseignant-chercheur
Administrateur Plateforme Clubs de Experts Sportifs


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