Il y a des reniements qui brisent une dynamique, et il y a des trahisons qui insultent un peuple tout entier. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui au sommet de l’État sénégalais n’est plus de la politique ; c’est une faillite morale absolue. Une profanation.
Souvenons-nous des promesses solennelles de campagne. La reddition de comptes et la justice pour nos morts, ces dizaines de jeunes fauchés par la barbarie d’un régime, étaient présentées par Bassirou Diomaye Faye comme non négociables. C’était le cœur de notre contrat moral. Mais les lambris dorés de l’Avenue Roume ont la mémoire courte.
Aujourd’hui, l’impensable se produit : on déroule le tapis rouge pour recevoir officiellement Macky Sall ce 17 juillet. L’homme qui a fui le pays le jour même de la prestation de serment revient par la grande porte, blanchi, réhabilité sous prétexte de « diplomatie internationale ». Le sang de nos martyrs vient d’être cyniquement troqué contre des poignées de mains républicaines et des calculs de pouvoir.
Le spectacle de la faune politique qui entoure et conseille désormais le chef de l’État donne la nausée.
Regardez bien ce grand bal des girouettes et des opportunistes. Où sont passées les convictions ?
Prenez Mimi Touré, la girouette suprême par excellence : hier fervente exécutante de Macky Sall, puis acharnée contre lui quand le vent a tourné, et aujourd’hui tapie dans les couloirs du nouveau pouvoir.
Regardez Abdourahmane Diouf, lui qui adulait et encensait publiquement Ousmane Sonko hier, devenu aujourd’hui l’un des esprits les plus fielleux et haineux de la scène politique, distillant son venin à la moindre occasion.
Pensez à Moussa Diop, ou encore à Bougar Diouf, dont la rancœur obsessionnelle est telle qu’il en est réduit à pousser le cynisme jusqu’à souffler à l’oreille de Diomaye Faye d’appliquer la « méthode Macky Sall ». Recommander d’utiliser la force et la violence d’État contre son propre peuple, voilà où mène la haine aveugle d’un seul homme : Ousmane Sonko.
Cette bourgeoisie politique n’a plus qu’une seule doctrine, une seule boussole : détruire l’homme qui a juré de mettre fin à leur système de prébendes. Prêts à toutes les contorsions pour exister, ils forment désormais une coalition de la rancœur, unie non pas pour le Sénégal, mais contre la légitimité populaire du Pastef.
Mais le comble de l’abjection a été franchi récemment au Palais. Comment accepter que Bassirou Diomaye Faye reçoive en audience officielle Antoine Diome ? L’homme qui, en tant que ministre de l’Intérieur de Macky Sall, gérait à la baguette la répression sanglante de notre jeunesse, parlant de « forces occultes » pendant que nos frères tombaient sous les balles. Recevoir le bourreau en chef d’hier tout en s’apprêtant à accueillir son maître le 17 juillet… Ne prend-on pas directement conseil auprès de Macky Sall et de ses exécutants pour planifier l’infamie à venir ?
En allant chercher l’onction, les méthodes et les réseaux de ceux que le peuple avait bannis, le pouvoir actuel scelle un pacte de conservation mutuelle effroyable : troquer l’impunité de l’ancien régime contre un appareil d’État capable de réprimer pour étouffer l’espoir de rupture.
À tous ces marchands de tapis politiques, à ceux qui effacent la parole donnée pour s’allier aux fossoyeurs de notre démocratie, nous disons ceci : vous avez peut-être le pouvoir, mais vous avez définitivement perdu votre honneur.
Le « Projet » pour lequel nos frères sont tombés n’appartenait pas à un homme, et encore moins à ceux qui s’allient aujourd’hui avec nos bourreaux. Les traîtres passent, les opportunistes retourneront à la poubelle de l’histoire, mais la mémoire de nos martyrs restera notre seule boussole. Le réveil du peuple sera brutal pour ceux qui ont confondu la présidence avec l’amnésie.
Comme le soulignait si puissamment l’écrivain Ahmadou Kourouma :
« Prévenir la trahison, débusquer le faux ami, le jaloux parent, le traître avant qu’il inocule son venin est une opération aussi complexe que de nettoyer l’anus d’une hyène. »
Nous y sommes. Mais que les traîtres sachent que l’histoire, elle, ne souffre d’aucune amnésie.
Focus sur les convictions. Focus sur la justice. Le focus reste sur le Projet.
Alioune DIAL
Membre PASTEF France et MONCAP Diaspora


Pas de commentaire