(Contribution) – Starlink au Sénégal : la carte qui révèle le vrai défi de la fracture numérique (Par Patrice SANÉ)

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Quinze ans de projets de transformation digitale m’ont appris une chose : il y a toujours un écart entre ce qu’on installe et ce que les populations utilisent réellement.

Cette carte en est probablement l’illustration la plus parlante de l’année.

Sept mois après son lancement, plus de trois kits Starlink sur quatre seraient installés en zone urbaine. Dakar, Mbour, Diourbel : là où la fibre existe déjà et où la 4G fonctionne. À Kédougou, Matam ou dans les villages de Casamance, presque rien. Une technologie présentée comme une solution pour les zones rurales trouve finalement l’essentiel de ses utilisateurs en ville.

Le calcul explique en grande partie cette situation. Plus de 160 000 FCFA pour le matériel et environ 30 000 FCFA par mois : cela représente plus de 520 000 FCFA la première année. Rapportez cette somme au revenu d’un ménage rural : cette répartition géographique n’est peut-être pas un choix commercial, mais simplement le résultat de la réalité économique.

Le véritable défi est donc économique : rendre la connexion accessible à ceux qui en ont le plus besoin.

La priorité devrait être d’accélérer le déploiement de la 4G de Sonatel, YAS et Expresso dans le cadre du service universel, avec l’appui du FDSUT et du PAENS. Un téléphone 4G coûte jusqu’à cinq fois moins cher qu’un kit satellite, avec un budget mensuel deux à trois fois inférieur. Pour une famille, un agriculteur ou un élève, c’est ce qui peut faire toute la différence.

Cela suppose du concret : identifier les villages à couvrir, mobiliser les financements, faciliter l’accès aux sites et à l’énergie, mutualiser les infrastructures et fixer des échéances précises.

Dans les localités les plus isolées, le satellite peut, en revanche, jouer pleinement son rôle en complément des réseaux terrestres : un terminal partagé pour une école, un centre de santé, une coopérative ou un espace communautaire.

La licence est aujourd’hui suspendue en référé par la Cour suprême. Je ne me prononce pas sur le contentieux. Mais une chose est certaine : une procédure judiciaire ne connectera aucun village.

Connecter le Sénégal exige des investissements, une exploitation durable et des offres réellement accessibles. Le New Deal technologique a fixé le cap. Il faut maintenant accélérer.

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