De Macky Sall à Sonko, de l’ONU au FMI : les quatre fronts de Bassirou Diomaye Faye lors d’un entretien avec RFI et France 24

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Dakar, 24 sept. 2026 (VIBRACTU) – Face à Mounia Daoudi de RFI et Marc Perelman de France 24, Bassirou Diomaye Faye a livré, ce jeudi, depuis New York, l’un de ses entretiens les plus larges sur les dossiers qui structurent aujourd’hui son action à la tête du Sénégal. Pendant près d’une heure, le président sénégalais a successivement abordé la réforme de l’ONU, la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, le programme avec le FMI, ses divergences avec Ousmane Sonko, l’avenir de l’Assemblée nationale, les élections locales, la migration, les Jeux olympiques de la jeunesse, la menace terroriste et la crise entre la CEDEAO et les pays de l’AES.
Derrière cette succession de sujets, quatre grands fronts se dégagent : la bataille pour une meilleure représentation de l’Afrique, le redressement économique du Sénégal, la recomposition politique intérieure et la recherche d’un nouvel équilibre régional.

Macky Sall, le pari africain de Diomaye

C’est probablement la séquence la plus symbolique de l’entretien. Interrogé sur son soutien à Macky Sall pour la succession d’Antonio Guterres, Bassirou Diomaye Faye assume pleinement son choix.
L’ancien président sénégalais et son successeur ont pourtant été adversaires politiques. Mais, pour Diomaye Faye, cette dimension doit s’effacer devant un enjeu plus large : la représentation de l’Afrique dans les grandes institutions internationales.
Il refuse d’abord les analyses qui donnent peu de chances à la candidature de Macky Sall. Selon lui, le processus reste ouvert et dépendra notamment de la position des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Mais c’est surtout le profil de son prédécesseur qu’il met en avant.
« Qui de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le président Macky Sall ? », lance-t-il.
Dans son argumentaire, Macky Sall possède également une expérience susceptible de servir le combat pour la réforme de l’architecture financière internationale. Une manière, pour le président sénégalais, de transformer une ancienne rivalité politique en soutien à une cause qu’il présente comme continentale.

Réformer l’ONU pour redonner du poids au multilatéralisme

Pour Bassirou Diomaye Faye, la crise actuelle de l’ONU ne justifie pas son abandon. Elle impose au contraire sa réforme.
Le président sénégalais estime que l’organisation s’est éloignée de sa mission originelle, celle d’éviter que le monde ne retombe dans le chaos après les ravages de la Seconde Guerre mondiale.
Son credo est clair : plus de multilatéralisme et moins de solutions strictement bilatérales.
Dans cette bataille, la revendication africaine d’un siège permanent au Conseil de sécurité occupe une place centrale. Diomaye Faye rappelle le poids démographique croissant du continent et juge difficilement justifiable que l’Afrique reste exclue du principal organe de décision de l’organisation mondiale.
Son discours à New York s’inscrit ainsi dans une volonté de faire de la question africaine un élément central de la réforme du système international.

Le FMI, le choix économique assumé

Sur le terrain économique, le président défend sans ambiguïté le programme conclu avec le Fonds monétaire international.
Face aux inquiétudes sur les conséquences sociales des réformes, il récuse l’idée selon laquelle les populations les plus vulnérables seraient sacrifiées au nom du redressement des finances publiques.
Il cite notamment les bourses de sécurité familiale. L’enveloppe prévue pour 2026 est passée de 35 à 70 milliards de francs CFA, avant un doublement annoncé à 140 milliards en 2027. Le nombre de bénéficiaires doit également passer d’environ 500 000 à un million.
Le chef de l’État met également en avant les recrutements dans l’éducation et la santé ainsi que les investissements sociaux.
Son message est donc double : restaurer les équilibres financiers sans renoncer aux mécanismes de protection sociale.
Autre dossier majeur : la dette. Le Sénégal a choisi de recourir au cadre commun du G20 pour engager des discussions avec ses créanciers. Diomaye Faye souhaite que ces négociations soient plus rapides que celles observées dans d’autres pays.
Il dit avoir obtenu des engagements de la part du FMI et de la Banque mondiale pour réduire les délais de traitement. Le président espère désormais voir les discussions progresser dans les prochains mois.

Sonko, l’ancien compagnon devenu adversaire

C’est sur le terrain politique national que le discours présidentiel devient le plus sensible.
Interrogé sur les accusations de « trahison » formulées par certains membres du Pastef à propos du programme du FMI, Bassirou Diomaye Faye répond en rappelant son serment présidentiel.
« La seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment », affirme-t-il.
Le message vise directement la nouvelle ligne de fracture avec son ancien parti et avec Ousmane Sonko.
Concernant la loi de finances rectificative, le président appelle les députés à prendre leurs responsabilités. Il estime que les représentants du peuple doivent adopter un « comportement patriotique » dans le contexte économique actuel.
Mais il refuse de présenter sa rupture avec Sonko comme une conséquence directe du dossier FMI. Il évoque plutôt des « divergences persistantes sur certains sujets » et une rupture de confiance ayant conduit à la nomination d’un nouveau Premier ministre.
La formule présidentielle est sobre : « Le Sénégal avance et la République est à l’œuvre. »

Assemblée nationale : la dissolution reste dans le champ des possibles

La question institutionnelle n’est pas évacuée.
Bassirou Diomaye Faye rappelle qu’à partir du 2 décembre, la Constitution lui permet d’envisager une dissolution de l’Assemblée nationale. Mais il ne présente pas cette éventualité comme une décision arrêtée.
Sa réponse est révélatrice : « Pourquoi exclure une prérogative dont on est investi par la Constitution ? »
Le chef de l’État renvoie donc la question au contexte politique et aux nécessités du moment.
Il insiste parallèlement sur la nécessité d’éviter un blocage entre les institutions. Dans son discours, chacune doit assumer ses responsabilités et le fonctionnement de l’État doit rester fluide.

Les élections locales : priorité au calendrier institutionnel, pas à « l’obsession électorale »

Autre sujet sensible : les élections locales.
Alors que le scrutin est prévu le 17 janvier, le président ne confirme ni report ni maintien définitif à cette date. Il rappelle les procédures engagées devant la Cour suprême et affirme que les décisions rendues ne l’obligent pas, selon lui, à fixer immédiatement une nouvelle échéance.
Surtout, Bassirou Diomaye Faye souhaite éviter que la vie politique soit dominée par le calendrier électoral.
« Je ne voudrais pas que nous soyons dans l’obsession électorale permanente », déclare-t-il.
Sa priorité affichée reste ailleurs : obtenir l’approbation du programme économique, restaurer la confiance des partenaires et stabiliser les finances publiques.

Homosexualité : Dakar revendique son propre choix législatif

Sur la loi du 31 mars criminalisant l’homosexualité, le président assume également une ligne fondée sur la souveraineté nationale.
Face aux critiques venant notamment de France et des Nations unies, il oppose le principe de réciprocité.
Son raisonnement est que les pays ayant légalisé le mariage homosexuel ont effectué leurs propres choix législatifs et que le Sénégal les a respectés au nom de leur souveraineté.
Dakar demande donc le même respect pour ses propres choix.

Migration : protection et lutte contre les départs clandestins

Sur l’immigration, Bassirou Diomaye Faye rejette l’idée que le Sénégal agirait comme un simple relais de la politique migratoire européenne.
Il rappelle que Dakar a refusé d’accueillir certains migrants refoulés de pays européens.
Lorsqu’en revanche des migrants sont secourus en mer et ramenés au Sénégal, le président considère que l’État doit les protéger et les prendre en charge.
La lutte contre les départs clandestins est également présentée comme une question de sécurité humaine. Les passeurs et trafiquants d’êtres humains sont directement visés par cette politique.

JOJ Dakar 2026 : le test grandeur nature

À quelques semaines des Jeux olympiques de la jeunesse, Bassirou Diomaye Faye veut afficher sa confiance.
Les infrastructures destinées aux Jeux sont, selon lui, prêtes. Le travail se poursuit sur la sécurité.
Mais au-delà de la compétition sportive, le président voit dans Dakar 2026 une vitrine pour la jeunesse africaine.
Il promet des Jeux « sobres mais festifs », à l’image du Sénégal, avec l’ambition de montrer une jeunesse qui ne se résume pas au phénomène migratoire.

Face au risque terroriste, la vigilance sénégalaise

La proximité avec le Mali place naturellement la question sécuritaire au cœur des préoccupations.
Diomaye Faye reconnaît que le Sénégal ne peut se considérer à l’abri d’une menace qui, par définition, ignore les frontières.
Il affirme que Dakar renforce l’échange de renseignements et la coopération avec les pays concernés. Des patrouilles communes ont également été utilisées, selon lui, pour anticiper certaines menaces.
À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse, cette vigilance prend une dimension supplémentaire.

CEDEAO-AES : tendre la main sans nier les ruptures

Dernier front, mais pas des moindres : l’avenir de l’espace ouest-africain.
À la tête de la CEDEAO, Bassirou Diomaye Faye fait face au départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais regroupés au sein de la Confédération des États du Sahel.
Le président sénégalais refuse une logique de confrontation.
Il reconnaît aux trois pays leur souveraineté et leur droit de choisir leur organisation régionale. Mais il veut préserver l’essentiel : la circulation des personnes, les échanges commerciaux et la coexistence entre les deux ensembles.
Le Sénégal a désigné l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur spécial.
Et Diomaye Faye ne ferme pas la porte à de nouveaux déplacements dans les pays de l’AES.
« Nous n’avons pas de sens interdit », affirme-t-il.
Une formule qui résume peut-être le mieux sa posture régionale : maintenir le dialogue, même lorsque les organisations et les trajectoires politiques divergent.

Quatre fronts, une même ligne

À New York, Bassirou Diomaye Faye a finalement livré une photographie assez complète de ses priorités.

À l’extérieur, il veut porter une réforme de la gouvernance mondiale et défendre une meilleure représentation de l’Afrique.

Sur le terrain économique, il assume le recours au FMI et veut accélérer le traitement de la dette tout en mettant en avant les mécanismes de protection sociale.

À l’intérieur, il doit composer avec une nouvelle configuration politique marquée par la rupture avec Ousmane Sonko et les interrogations autour de l’Assemblée nationale et du calendrier électoral.

Dans la sous-région, enfin, il revendique une politique de dialogue avec la CEDEAO comme avec les pays de l’AES, tout en renforçant la coopération sécuritaire.

Au cœur de tous ces dossiers, le président sénégalais revendique une même boussole : l’intérêt du Sénégal, la stabilité des institutions et une place plus importante de l’Afrique dans les décisions internationales.

Boubacar Kambel DIENG
Avec RFI

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