Dakar, 3 nov. 2026 (VIBRACTU) – Il y a des réussites nationales qui méritent des applaudissements. Et il y a des hommes derrière ces réussites qui méritent davantage que des félicitations de circonstance. Au lendemain de la magnifique cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, une question mérite d’être posée : le Sénégal est-il suffisamment reconnaissant envers celui qui a porté cette ambition depuis ses premières heures ?
Cet homme, c’est Mamadou Diagna Ndiaye.
Il faut rendre à chacun ce qui lui revient. Le président Macky Sall a été un grand visionnaire en permettant au Sénégal de décrocher l’organisation de ces premiers Jeux olympiques de la jeunesse sur le sol africain et en engageant la réalisation des infrastructures nécessaires. Son administration a posé des fondations essentielles.
Le président Bassirou Diomaye Faye, dans une logique de continuité de l’État, a repris le flambeau, maintenu le cap et fait confiance à la jeunesse sénégalaise pour relever ce défi historique. Il faut également saluer les différents maires de Dakar qui se sont succédé dans cette aventure, de Khalifa Ababacar Sall à Abass Fall, en passant par Soham El Wardini et Barthélemy Dias. Chacun a eu sa part dans cette histoire.
Mais rendre hommage aux uns ne doit jamais conduire à effacer le rôle des autres. Et surtout pas celui de Mamadou Diagna Ndiaye.
Banquier de formation, Diagna Ndiaye a intégré le Comité international olympique (CIO) en août 2015. Il portait alors une ambition claire : faire venir le cinquième anneau olympique en Afrique et particulièrement à Dakar. Avec sa task-force, il a travaillé discrètement, préparé le terrain et construit patiemment cette candidature avant de la soumettre au président Macky Sall. Ce travail de conviction a contribué à faire entrer le Sénégal dans l’histoire olympique. Il a fallu ensuite traverser les obstacles, notamment la pandémie de Covid-19, préserver la confiance des partenaires et maintenir le projet en vie. Diagna Ndiaye a tenu bon.
Son engagement mérite une attention particulière. Il devait quitter la présidence du Comité national olympique et sportif sénégalais (CNOSS). Mais ses camarades ne souhaitaient pas le voir partir à ce moment décisif. Ils l’ont supplié de poursuivre sa mission et lui ont demandé, par acclamation, de rester à la tête du CNOSS jusqu’après les Jeux. Cette marque de confiance en dit long sur le rôle que ses pairs lui reconnaissent. Il aurait pu partir, mais il a choisi de rester pour accompagner cette aventure jusqu’à son aboutissement.
Regardons ce qui se passe ailleurs. En France, après les Jeux olympiques de Paris 2024, Tony Estanguet, président du comité d’organisation, a été élu membre du CIO le 20 mars 2025. Triple champion olympique de canoë, triple champion du monde et triple champion d’Europe, il a été largement associé à la réussite de Paris 2024. La France a su mettre en lumière celui qui dirigeait son comité d’organisation. Estanguet est ainsi entré dans l’histoire olympique française avec une reconnaissance institutionnelle supplémentaire. Paris 2024 n’a évidemment pas été l’œuvre d’un seul homme : l’État, la Ville de Paris, les collectivités et les équipes ont tous contribué à cette réussite. Mais le rôle de Tony Estanguet à la tête du comité d’organisation n’a jamais été occulté.
Pourquoi Dakar 2026 ne devrait-elle pas également être associée à son comité d’organisation et à son président, Mamadou Diagna Ndiaye ? Pourquoi notre pays aurait-il du mal à mettre en avant celui qui a porté cette ambition pendant tant d’années ?
Plus regrettable encore, depuis quelques jours, le débat semble parfois quitter le terrain de la reconnaissance pour devenir celui de la récupération. Des accusations circulent sur des tentatives d’appropriation politique de cette réussite, avec des responsables et des relais sur les réseaux sociaux qui chercheraient à tirer la couverture vers leur camp. Des informations contestées, des insinuations et des polémiques prennent de la place dans l’espace public. Tout le monde semble vouloir revendiquer une part de cette victoire, au risque d’en oublier son caractère collectif et le travail de fond accompli par ses véritables artisans.
Tout le monde se crêpe le chignon alors que le Sénégal devrait d’abord savourer cette réussite et rendre hommage à ceux qui l’ont rendue possible.
Certes, Diagna Ndiaye ne fait pas l’unanimité. Il a ses détracteurs et son parcours peut faire l’objet de critiques. Mais aucune divergence ne devrait nous empêcher de reconnaître une contribution historique. Ce n’est pas renoncer à l’esprit critique que de savoir dire merci.
Et cette reconnaissance pourrait aller au-delà des discours. Pourquoi ne pas envisager que la belle salle construite au stade Iba Mar Diop porte le nom de Centre sportif Mamadou Diagna Ndiaye ? Pourquoi ne pas proposer que la piscine olympique soit baptisée Piscine olympique Mamadou Diagna Ndiaye ? Honorer nos grandes figures de leur vivant est une marque de grandeur.
Macky Sall a posé les fondations. Bassirou Diomaye Faye a assuré la continuité. Les différents maires ont accompagné le projet. La jeunesse a incarné l’avenir. Mais Diagna Ndiaye a porté cette ambition depuis ses premières heures et l’a accompagnée jusqu’à cette consécration.
Rendre à Diagna ce qui appartient à Diagna !
Le Sénégal lui doit beaucoup. Et il est temps que cette reconnaissance dépasse les applaudissements pour devenir un véritable hommage national.
BKD…


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