Dakar, 29 sept. 2026 (VIBRACTU) – Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a appelé mardi les nouvelles générations à prendre une part active aux grandes transformations qui touchent le Sénégal et le monde. Il s’exprimait lors de la cérémonie officielle d’installation du Conseil Consultatif des Jeunes du Sénégal (CCJS), au Grand Théâtre de Dakar, en présence de représentants venus de plusieurs localités du pays.
Le chef de l’État a consacré une large partie de son intervention aux bouleversements provoqués par le numérique, en particulier par l’intelligence artificielle (IA). Selon lui, les nouvelles technologies vont profondément modifier les habitudes, les métiers et les rapports sociaux.
« Vous entrez dans un monde qu’aucun ancien n’a vu, et personne ne l’a traversé avant vous », a-t-il déclaré, soulignant que les machines savent désormais écrire, calculer, traduire, dessiner et répondre à des questions en quelques secondes.
Cette évolution aura des conséquences directes sur l’emploi. Certains métiers vont se transformer ou disparaître, tandis que d’autres, encore inconnus, vont apparaître. « D’autres vont naître, que nos écoles n’enseignent pas encore, et fort heureusement, c’est vous qui les inventerez », a-t-il lancé.
Ne pas devenir de simples consommateurs de l’IA
Face à cette révolution, Bassirou Diomaye Faye refuse que le Sénégal se contente d’utiliser des solutions conçues à l’étranger.
« Je ne veux pas d’une jeunesse sénégalaise cliente de l’intelligence des autres », a-t-il martelé.
Il souhaite voir se développer des compétences nationales dans plusieurs domaines : ingénierie, linguistique, droit, entrepreneuriat et numérique. L’objectif est notamment de concevoir des outils capables de comprendre les langues nationales et de répondre aux besoins du pays.
Le chef de l’État a cité le satellite conçu par de jeunes Sénégalais comme un exemple de ce que le pays est capable de réaliser dans le domaine scientifique et technologique. Il a également rappelé la pensée de Cheikh Anta Diop, qui appelait les Africains à maîtriser la science et le savoir.
L’IA présente toutefois des risques. Une voix peut être imitée, une image fabriquée et des propos inventés. Face à ces possibilités, le président a appelé à davantage de vigilance et d’esprit critique.
Le CCJS, un espace de dialogue
L’installation du Conseil consultatif des Jeunes du Sénégal marque, selon lui, une nouvelle étape dans la participation des nouvelles générations à la vie publique.
Le chef de l’État avait annoncé cette initiative le 30 mars à Thiès, où il avait regretté que l’on parle beaucoup de la jeunesse tout en prenant trop souvent des décisions sans elle.
Créé par décret le 5 décembre 2025, le CCJS doit désormais servir d’interlocuteur entre les pouvoirs publics et les différentes composantes de cette population.
Bassirou Diomaye Faye a rapproché cette démarche du « pénc », espace traditionnel de discussion dans lequel les membres d’une communauté échangeaient avant de prendre une décision.
Il a toutefois rappelé que le Conseil n’a pas vocation à approuver systématiquement l’action du pouvoir. « Je ne vous demande pas de m’approuver », a-t-il déclaré, demandant plutôt des propositions fondées sur les réalités vécues.
Il leur a ainsi demandé de présenter des avis « précis, chiffrés, praticables » afin de contribuer à la réalisation de l’Agenda Sénégal 2050.
Des propositions concrètes attendues
Le gouvernement, sous l’autorité du Premier ministre, devra faciliter les échanges avec le Conseil sur des questions comme l’orientation, la formation professionnelle et les compétences numériques.
Le président a également invité les collectivités territoriales, le secteur privé, la société civile et les partenaires du Sénégal à ouvrir leurs portes à cette instance.
Il a promis, pour sa part, de lire les propositions formulées et de recevoir les conseillers chaque fois que la situation le nécessitera.
Résignation, dépendance et faux : les trois pièges
Dans son adresse, Bassirou Diomaye Faye a identifié plusieurs attitudes susceptibles de freiner l’action.
La première est la résignation : croire que les décisions sont toujours prises ailleurs et qu’il ne reste qu’à attendre. « Ce qui vous concerne se décidera désormais avec vous », a-t-il affirmé.
La deuxième est la dépendance à la machine. Il a encouragé chacun à utiliser l’IA comme un outil sans lui abandonner sa capacité de réflexion. « Un esprit qui ne travaille plus s’éteint comme un bras que l’on ne lève plus », a-t-il averti.
Le troisième danger est lié au faux et aux dérives des réseaux sociaux. Il a dénoncé les publications destinées à détruire une réputation, les insultes qui remplacent les arguments et la diffusion de contenus sans vérification.
Il a enfin mis en garde contre l’imitation excessive des modèles étrangers, appelant à préserver les références et les valeurs propres au Sénégal.
À travers ce Conseil, Bassirou Diomaye Faye veut donc installer un dialogue plus direct avec les nouvelles générations et les associer aux réflexions sur l’avenir du pays. Il leur demande à la fois de faire remonter les préoccupations du terrain, de formuler des solutions concrètes et de se préparer aux profondes mutations liées au numérique et à l’intelligence artificielle.
Boubacar Kambel Dieng
BKD


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