LA CHRONIQUE DE BKD (43e Numéro) – Crise sociale : le gouvernement sénégalais apprend enfin à parler avant que ça brûle

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Dakar, 17 avril 2026 (VIBRACTU) – Il y a des signaux qui ne trompent pas. En l’espace de quelques jours, le gouvernement sénégalais a donné l’impression de changer de logiciel face aux crises sociales. Pas dans les discours, mais dans la méthode. Et c’est peut-être là la vraie nouveauté.

D’abord, il y a eu les transporteurs. Un front social dur, installé depuis le 30 mars, avec des conséquences visibles sur le quotidien des Sénégalais. Puis, presque brusquement, le ton change. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, entre en scène, reçoit les acteurs, débloque des concessions concrètes. Résultat : la grève est suspendue. Sans triomphalisme, mais avec efficacité.

Ensuite, l’éducation. Un autre foyer de tension, profond, structuré, avec le G7 en première ligne. Là encore, le pouvoir choisit la voie du dialogue soutenu. Le Premier ministre, Ousmane Sonko, s’implique personnellement. Les discussions s’accélèrent, les points de blocage sont traités un à un, et un accord est signé. L’école respire.

Deux crises majeures, deux désamorçages successifs. Ce n’est pas un hasard. C’est une méthode qui semble émerger : intervenir tôt, discuter franchement, concéder ce qui est possible, et surtout montrer une volonté politique visible.

Mais le vrai test arrive.

Le secteur de la santé est désormais sur le point d’entrer en ébullition. L’intersyndicale And Gueusseum annonce une grève de 72 heures. Et cette fois, le diagnostic est clair : absence de dialogue, sentiment d’abandon, frustrations accumulées.

Autrement dit, tout ce que le gouvernement vient justement de corriger dans les dossiers des transporteurs et des enseignants.

Alors, la question est simple : le pouvoir va-t-il appliquer à la santé la même recette qui a fonctionné ailleurs ?

Car les leçons sont là, évidentes.

Première leçon : ne jamais laisser pourrir une crise. Dans les deux cas précédents, c’est l’intervention au sommet de l’État qui a permis de casser la spirale de tension.

Deuxième leçon : donner des signes concrets, immédiatement perceptibles. La levée d’une mesure pour les transporteurs, des engagements clairs pour les enseignants. Le dialogue seul ne suffit pas, il faut des résultats.

Troisième leçon : reconnaître les interlocuteurs. Le sentiment d’exclusion est souvent plus explosif que les revendications elles-mêmes.

Dans le secteur de la santé, tous les ingrédients d’une crise majeure sont réunis : dette sociale, revendications salariales, malaise institutionnel. Mais, paradoxalement, toutes les solutions ont déjà été testées… avec succès, ces derniers jours.

“Jamais deux sans trois”, dit l’adage. Encore faut-il vouloir en faire une règle de gouvernance, et non une simple coïncidence.

Si le gouvernement engage rapidement un dialogue inclusif avec And Gueusseum, s’il met sur la table des mesures concrètes, et s’il évite le piège du silence, alors cette nouvelle crise peut être désamorcée avant même d’atteindre son pic.

Sinon, ce sera un retour à la case départ. Avec un coût humain et social bien plus élevé.

Le Sénégal est à un tournant discret mais important : passer d’une gestion réactive des crises à une culture du dialogue anticipé.

Pour une fois, les signaux sont encourageants. Reste à voir s’ils seront confirmés.

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