Dakar, 20 août 2026 (VIBRACTU) – La polémique autour de l’acquisition de véhicules par la Primature sous la direction d’Ousmane Sonko connaît un nouveau développement. Lansar Automobile, qui estime que plusieurs des véhicules concernés proviendraient de son parc, demande des explications sur les conditions dans lesquelles ces voitures auraient été cédées à l’administration.
Invité à s’exprimer sur les ondes de la RFM, mercredi soir, le conseiller juridique, fiscal et financier de Lansar Auto, Gorgui Dia, est revenu sur les déclarations récentes de l’ancien Premier ministre concernant l’utilisation de fonds politiques pour l’achat de véhicules.
Selon lui, les responsables de Lansar Automobile avaient été informés, à l’époque où Ousmane Sonko était Premier ministre, que des véhicules appartenant à leur entreprise auraient été vendus à la Primature par l’intermédiaire de l’Office national de recouvrement des avoirs criminels (ONRAC).
Dans un premier temps, cette information n’avait toutefois pas convaincu les responsables de l’entreprise. Gorgui Dia explique que Lansar Auto avait du mal à croire à une telle opération, notamment en raison des premières déclarations publiques d’Ousmane Sonko.
« Le Premier ministre d’alors avait indiqué qu’il n’allait pas acheter de véhicules et qu’il privilégiait plutôt la réfection de ceux qui existaient déjà dans le parc de l’administration », rappelle-t-il en substance.
La situation aurait changé après une nouvelle sortie de l’ancien Premier ministre annonçant finalement l’acquisition de véhicules pour les besoins de la Primature. Cette évolution a alors suscité des interrogations au sein de Lansar Automobile.
Pour Gorgui Dia, le rapprochement entre les différentes informations disponibles mérite d’être approfondi. Il affirme notamment que l’annonce de l’achat de véhicules par la Primature, mise en parallèle avec le nombre de voitures manquantes dans le parc de Lansar Auto, conduit l’entreprise à s’interroger sur l’origine exacte des véhicules concernés.
Le conseiller juridique fait ainsi état d’un écart important dans le parc automobile de la société. Selon lui, Lansar Automobile avait constaté la disparition ou l’absence de plusieurs dizaines de véhicules, tandis que la Primature faisait état de l’acquisition de véhicules pour ses besoins.
Cette concordance, estime-t-il, pourrait laisser penser qu’une partie des véhicules provenant du parc de Lansar Automobile aurait été orientée vers la Primature.
Une procédure de vente qui interpelle
Au-delà de la question de la propriété des véhicules, c’est surtout la procédure ayant conduit à leur cession qui préoccupe Lansar Automobile.
Gorgui Dia s’interroge notamment sur l’absence d’une procédure de vente aux enchères. Pour lui, compte tenu de la nature et de la valeur des véhicules concernés, les conditions de leur mise à disposition ou de leur vente à l’administration méritent d’être clairement expliquées.
« Qu’est-ce qu’ils cachent derrière ? Qu’est-ce qui se passe réellement ? », s’interroge-t-il, estimant que c’est précisément sur ce point que Lansar Auto souhaite obtenir des éclaircissements.
L’entreprise entend ainsi comprendre comment des véhicules de son parc auraient pu se retrouver dans les mains de la Primature et sur quelle base juridique et administrative cette opération aurait été effectuée.
Des 4×4 et V8 évalués jusqu’à 125 millions de francs CFA
Selon le conseiller juridique de Lansar Automobile, les véhicules concernés ne seraient pas des voitures ordinaires. Il s’agirait principalement de véhicules tout-terrain, notamment des 4×4 et des modèles V8, dont la valeur à l’achat aurait été particulièrement élevée.
Gorgui Dia situe leur prix initial dans une fourchette comprise entre 80 et 125 millions de francs CFA par véhicule.
Dans ces conditions, il juge difficilement compréhensible que de tels véhicules puissent être cédés à des montants avoisinant 34 millions de francs CFA. Il estime que l’écart entre la valeur initiale annoncée et le prix de cession supposé mérite, là encore, d’être expliqué.
Cette question du prix constitue donc l’un des principaux points de préoccupation soulevés par Lansar Auto, qui souhaite connaître la valeur retenue pour les véhicules ainsi que les modalités précises de leur cession.
117 véhicules acquis grâce à un financement bancaire
Pour expliquer l’origine du contentieux, Gorgui Dia rappelle également l’opération financière réalisée à l’époque par Lansar Automobile.
Selon lui, l’entreprise avait acquis 117 véhicules neufs, financés à travers un emprunt bancaire de 6,9 milliards de francs CFA.
Ces véhicules se trouvent aujourd’hui au cœur des difficultés financières de l’entreprise. Le conseiller juridique affirme que les voitures ont fait l’objet de saisies dans le cadre des procédures engagées par la banque, tandis que Lansar Automobile se trouverait dans l’incapacité de rembourser les sommes dues.
C’est dans ce contexte, selon lui, que certains véhicules auraient été vendus et que plusieurs d’entre eux auraient finalement été affectés à la Primature.
Lansar Auto réclame des explications
À travers cette sortie, Lansar Automobile ne se limite donc pas à contester le montant auquel certains véhicules auraient été cédés. L’entreprise soulève également la question de leur provenance et de la régularité de la procédure suivie.
Elle souhaite notamment savoir comment des véhicules qu’elle considère comme faisant partie de son patrimoine ont pu être transférés à la Primature, pourquoi une vente aux enchères n’aurait pas été organisée et comment les prix de cession auraient été déterminés.
La sortie de Gorgui Dia intervient alors que les déclarations d’Ousmane Sonko sur l’achat de véhicules avec les fonds politiques continuent d’alimenter le débat public.
À ce stade, les affirmations de Lansar Automobile constituent des allégations qui appellent des vérifications sur les documents de propriété, les procédures de saisie et de cession, ainsi que sur les conditions exactes dans lesquelles les véhicules ont été acquis par la Primature.
L’enjeu est désormais de déterminer, pièces à l’appui, l’identité du propriétaire des véhicules concernés, leur nombre exact, leur valeur réelle, les conditions de leur saisie et de leur éventuelle vente, ainsi que la base juridique ayant permis leur acquisition ou leur affectation à la Primature.
Avec RFM et Seneweb


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