Dakar, 20 mars 2026 (VIBRACTU) – Il y a des décisions injustes. Et puis il y a celles qui insultent l’intelligence de tout un continent. La Confédération Africaine de Football, dirigée par Patrice Motsepe, vient peut-être de franchir une ligne rouge. Celle où l’arbitraire remplace le droit, et où les coulisses prennent le pas sur le terrain. Car que reste-t-il du football si un titre gagné à la loyale peut être retiré dans le secret d’une salle fermée au Le Caire ?
Le plus troublant dans cette affaire, ce n’est même plus la décision finale. C’est ce qui s’est passé avant. Bien avant. Au moment où tout semblait déjà joué.
Dans un message aujourd’hui relayé par plusieurs médias, Me Augustin Senghor, membre du Comité exécutif de la CAF, avait tiré la sonnette d’alarme directement auprès de Patrice Motsepe. Il y exprimait sa « profonde préoccupation » après avoir eu vent, par hasard, de la tenue d’une réunion à huis clos de la commission d’appel, au cours de laquelle une décision explosive aurait été prise : retirer au Sénégal son titre pour l’attribuer au Maroc. Il espérait alors une « fake news », mais avertissait déjà qu’une telle issue constituerait « un scandale énorme et inacceptable pour le football africain ».
Ce message change tout. Il prouve qu’au sommet même de la CAF, des signaux d’alerte existaient avant le verdict officiel. Il soulève une question simple, mais lourde : à quoi sert une commission d’appel si certains de ses résultats circulent avant même leur proclamation ? Comment une réunion dite confidentielle peut-elle produire des décisions connues en amont par des membres de l’exécutif ?
Dans ce contexte, la posture de Patrice Motsepe devient difficile à défendre. Affirmer publiquement ne pas être informé, alors qu’un membre influent de son propre comité l’alerte directement, relève au mieux d’une légèreté inquiétante, au pire d’un déni assumé. Soit il savait. Soit il ne maîtrisait rien. Dans les deux cas, cela fragilise profondément la crédibilité de son autorité.
Pendant ce temps, un bénéficiaire émerge : le Maroc. Son poids dans les instances africaines, porté notamment par Fouzi Lekjaa, n’a cessé de croître ces dernières années. Mais ici, la question n’est pas nationale, elle est éthique.
Gagner un titre sur tapis vert après l’avoir perdu sur le terrain n’est pas une victoire. C’est une entorse grave à l’esprit du sport.
En toile de fond, l’ombre du patron de la FIFA, Gianni Infantino, plane sur une CAF de plus en plus critiquée pour son manque d’indépendance et de transparence. Décisions opaques, gouvernance verrouillée, commissions contestées : le football africain donne le sentiment d’être piloté ailleurs, loin des principes qu’il prétend défendre.
Le malaise devient encore plus profond lorsque l’un des juges de la commission d’appel, le Djiboutien Mohamed Robleh Djama, affirme publiquement ne pas avoir été associé à la décision. Une juridiction qui statue sans tous ses membres ? Une délibération dont certains juges ignorent l’existence ? Ce n’est plus un simple dysfonctionnement, c’est une rupture de confiance.
Dans ce climat, la prise de position de l’ancien Ballon d’Or George Weah vient rappeler une vérité fondamentale : le football se joue sur le terrain. Pas dans les bureaux, pas dans des réunions secrètes, et encore moins dans des arrangements obscurs. Remettre en cause un résultat acquis dans les règles, c’est ouvrir une brèche dangereuse pour tout le continent.
Ce qui arrive aujourd’hui au Sénégal dépasse le cadre d’une finale de CAN. C’est un précédent. Et dans un système où les règles deviennent flexibles, aucune nation n’est à l’abri. Le véritable perdant de cette affaire, c’est le football africain lui-même.
La CAF est désormais face à un tournant. Car une institution peut survivre à une erreur, mais difficilement à une perte de crédibilité.
Le Tribunal Arbitral du Sport est appelé à trancher. Mais quoi qu’il arrive, une chose est déjà certaine : la confiance, elle, est profondément entamée.
Trop, c’est trop. Ce scandale n’est pas seulement celui d’une décision contestée. C’est celui d’un système qui donne le sentiment de ne plus rendre de comptes. Et dans le sport, comme ailleurs, sans transparence, il n’y a ni justice… ni respect.


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