Dakar, 3 sept. 2026 (VIBRACTU) – Le monde du travail est généralement présenté comme un espace d’accomplissement, de collaboration et de progrès. Pourtant, derrière cette image se cache parfois une réalité beaucoup plus sombre. Dans son ouvrage Adversité silencieuse, préfacé par le professeur en sociologie Djiby Diakhaté, l’auteur Boubacar Kambel Dieng explore les mécanismes de la méchanceté, de la déloyauté, du harcèlement, des rivalités et des abus de pouvoir qui peuvent transformer l’entreprise ou l’administration en véritable champ de bataille. Dès l’introduction, l’auteur décrit « une réalité où la méchanceté, l’adversité, et l’ignominie prolifèrent », jusqu’à transformer les espaces professionnels en « arènes de rivalités destructrices ».
À travers le personnage de Fatou, le livre donne un visage à cette adversité silencieuse. Jeune recrue ambitieuse, elle arrive dans l’administration avec l’espoir que son sérieux et ses compétences seront reconnus. Mais rapidement, les regards pesants, les chuchotements et les remarques insidieuses installent un climat d’oppression. Lorsqu’elle présente son projet, son supérieur l’interrompt brutalement : « Fatou, tu penses vraiment que c’est ce qu’on attend de toi ? » Cette phrase, présentée comme une question mais vécue comme une sentence, marque le début d’une expérience professionnelle douloureuse.
L’auteur montre que Fatou n’est pas un cas isolé. D’autres salariés connaissent les mêmes humiliations, les mêmes sabotages et les mêmes jeux d’influence. La peur du chômage, le poids des responsabilités familiales, les inégalités économiques et les structures hiérarchiques rigides constituent, selon le livre, un terreau favorable aux comportements toxiques. Les conséquences dépassent largement le cadre professionnel : nuits blanches, crises d’angoisse, perte de confiance et parfois burn-out.
Dans les pages consacrées aux comportements toxiques, trois figures apparaissent particulièrement : le despote, le saboteur et le jaloux. Le premier utilise la peur comme instrument de domination ; le deuxième agit dans l’ombre, derrière un sourire de façade, pour s’approprier le travail ou les idées des autres ; le troisième cherche à détruire les réussites qu’il ne peut égaler. À travers Modou, Blaise, Khady, Martin et Madjiguéne, le livre montre comment ces comportements peuvent « dévaster des carrières, des équipes, et même des entreprises entières ».
Les témoignages d’Albertine, d’Amadou et de Cheikh donnent ensuite une dimension humaine particulièrement forte au récit. Albertine, après avoir dénoncé une fraude, est progressivement isolée jusqu’à recevoir une note anonyme : « Personne n’aime les mouchards. » Amadou subit les humiliations publiques d’un manager qui lui lance devant son équipe : « Ton travail est décevant ! » Quant à Cheikh, il est soumis à un harcèlement qui se poursuit jusque dans sa vie privée, son téléphone devenant pour lui « une chaîne autour du cou ».
La déloyauté constitue un autre axe majeur du livre. Vol d’idées, favoritisme, détournement de ressources, espionnage interne et trahisons deviennent les symptômes d’organisations où la compétition individuelle prend parfois le dessus sur l’intérêt collectif. Aminata voit son projet présenté par son directeur comme si celui-ci en était l’auteur, tandis que Christine découvre qu’un poste qu’elle convoitait revient finalement au neveu du directeur. Le livre souligne ainsi que le favoritisme et l’appropriation du travail d’autrui détruisent la confiance et découragent les talents.
Mais Adversité silencieuse ne se limite pas à dénoncer. L’ouvrage cherche aussi les racines du phénomène : pression sociale, compétition scolaire, insuffisance de formation managériale et inégalités économiques. Il rappelle notamment que des managers insuffisamment formés peuvent reproduire des modèles autoritaires et que l’éducation elle-même doit davantage apprendre la collaboration, l’éthique et la gestion des conflits.
Le livre ouvre ensuite une fenêtre sur l’espoir. Les expériences de résilience montrent que les victimes ne sont pas condamnées à subir. Les syndicats et les associations apparaissent comme des espaces de défense, de solidarité et de mobilisation. L’initiative « Travaillons dans la dignité », par exemple, sensibilise aux droits des salariés, à la gestion des conflits, à la santé mentale et au leadership inclusif.
Dans sa partie consacrée aux solutions, l’auteur plaide pour un leadership plus humain, des lois mieux appliquées, des mécanismes indépendants de médiation, des programmes de mentorat, une meilleure prise en compte de la santé mentale et une valorisation des entreprises éthiques. Il défend surtout une idée centrale : « l’éthique et le succès ne s’excluent pas mutuellement ».
Enfin, l’ouvrage élargit son regard au secteur informel. Dans les marchés, les menuiseries et les ateliers de mécanique, les mêmes rivalités réapparaissent sous d’autres formes. À l’atelier de Tonton Faye, le conflit entre Weuz et Ciré dégénère avant qu’une médiation ne permette aux deux hommes de reconnaître leurs torts. Une nouvelle règle est alors instaurée : les conflits doivent être réglés « immédiatement et sans violence ».
Au terme de cette traversée, Adversité silencieuse se transforme en véritable appel à la responsabilité collective. L’auteur invite employeurs, salariés, éducateurs, syndicats, médias, société civile et décideurs à agir pour faire du respect, de la justice et de la collaboration les fondements du monde professionnel. Le livre se referme sur une conviction forte : « L’avenir repose entre nos mains : agissons, avec conviction et détermination. »


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