(Contribution) – Culture et création de richesse : en finir avec les grilles de lecture de 1960 (Par EL Hadji Omar MASSALY)

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Nous avons eu la politique culturelle de la décolonisation avec Senghor. Il nous faut aujourd’hui la politique culturelle de la création de richesse et d’emplois. La cérémonie de lancement des Jeux Olympiques de la Jeunesse l’a démontré avec éclat : le Sénégal ne souffre d’aucun déficit de talent. La vivacité de l’esprit créatif de nos artistes, techniciens, chorégraphes et designers, qui a séduit bien au-delà de nos frontières, est la preuve que nous disposons d’un capital humain créatif exceptionnel, prêt à rivaliser avec les meilleurs standards internationaux.

Le problème n’est pas le talent, le problème est le regard que le système financier et l’Etat portent encore sur ce talent. Dans l’économie classique, la culture est perçue comme un risque. Un risque non mesurable, non chiffrable, non garantissable. On sait financer un champ, un camion ou une boutique parce qu’on sait calculer le retour. On ne sait pas financer un livre, un album, un festival Navétane ou un spectacle vivant parce que la grille de lecture de 1960 ne sait pas où mettre la créativité dans un bilan comptable. Conséquence : on ne finance pas l’économie créative, on la subventionne à la marge, par des mécanismes de prestige hérités de la même époque, une subvention de deux millions par-ci, une salle mise à disposition par-là.

Vous ne pouvez pas bâtir une économie créative du XXIe siècle avec des mécanismes de financement de 1960. Cette perception élevée du risque culturel doit obliger les acteurs étatiques à repenser en profondeur leurs instruments, en tenant compte des mutations profondes du secteur : numérisation des contenus, monétisation des audiences, hybridation des métiers, économie des droits. Il ne s’agit plus de financer des produits culturels isolés, il s’agit de financer des filières, des chaînes de valeur complètes, de la création à la distribution. Cela implique de passer de la logique de subvention à fonds perdus à une logique d’investissement productif, avec des fonds de garantie dédiés, des crédits d’impôt pour la création, des mécanismes d’assurance du spectacle vivant et une reconnaissance juridique et fiscale de l’entrepreneur créatif.

Nous avons le talent. Le monde l’a vu aux JOJ. Pour que ce talent cesse d’être un simple prestataire de cérémonies et devienne un véritable levier pour l’Etat et l’économie nationale, il faut une vision claire, assumée et courageuse de ce que nous voulons faire de ce potentiel. Il n’est de richesse que d’homme, mais cette richesse ne vaut que si on lui donne les moyens de produire et de vivre de sa production.

EL Hadji Omar MASSALY
Directeur Général du groupe panafricain ELMA

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